Ecrit par Zerbinette le 28/05/2007 - 21h16 - Catégorie : Principal
Je viens de voir "Scaphandre et papi" (c'est du moins ce qu'indique mon ticket), le seul film français primé en ce 60è Festival de Cannes.
Très français, malgré son réalisateur américain. Et même, je me demande si ce n'est pas une chance pour nous que son réalisateur soit américain... Un réalisateur français aurait-il 1) osé tourner un sujet aussi grave 2) réussi ce mélange de gravité et d'humour mal-à-propos 3) osé utiliser un monstre sacré comme "La mer" de Trenet sans craindre de passer pour un ringard...?
Décidément, je crois que la qualité de citoyen américain de Julian Schnabel donne paradoxalement au film davantage de caractère français. Etonnant!
Examinons maintenant la sélection officielle française de ce Festival: une comédie musicale légère, une adaptation d'un classique littéraire sulfureux, et un drame vécu. A qui va le prix? Au drame vécu, parce qu'il est dense, parce qu'il traduit son époque, parce qu'il aide à la compréhension du monde.
Il m'arrive de penser que le cinéma français a un peu oublié cette chose-là: apporter une nourriture au spectateur, aider à sa compréhension du monde, fournir de la densité et du vécu, et pas seulement du spectacle. Donc, je disais, nous avons de la chance que Julian Schnabel ait eu la grande honnêteté de vouloir faire un film français de cette histoire dramatique française... sinon nous n'aurions pas eu de prix du tout!
Ecrit par Zerbinette le 27/05/2007 - 21h15 - Catégorie : Principal
Je voudrais remercier ici la Quinzaine des réalisateurs et la Semaine de la critique, qui m'accueillent tous les ans avec enthousiasme, même lorsque je critique (vigoureusement?) leur sélection.
Merci aux messieurs en costume et noeud papillon qui gèrent nos déplacements à l'intérieur des théâtres, avec courtoisie et urbanité. Merci aux techniciennes de surface qui nous rendent les lieux propres tous les matins... (vous pouvez rire, un festival mal entretenu, c'est vite l'horreur!)
Merci aux autres cinéphiles pour leur passion que nous partageons. Merci aux réalisateurs (trices), acteurs (trices) qui nous présentent leur film et nous considèrent pour ce que nous sommes: leur public.
Merci enfin aux équipes de sélection de ces deux sections dites "parallèles", qui sont en réalité le creuset des sélections officielles à venir. Depuis seize ans que je viens au Festival de Cannes, ces deux sélections ont formé mon regard au-delà de ce que je pourrais dire. Si je vous dis Dardenne, Coppola, Bonello, Egoyan, et le réalisateur roumain qui vient de recevoir la palme d'or, quel point commun? Tous sont passés par l'une ou l'autre section parallèle.
Donc, merci et longue vie aux sections parallèles!
Le théâtre du Miramar où se tient la Semaine de la critique
Ecrit par Zerbinette le 25/05/2007 - 19h28 - Catégorie : Principal
Bon, eh bien ça sent la fin... On croise des gens traînant des valises à roulettes partout...
Rien de vraiment transcendant à raconter aujourd'hui... Ah si: j'aimais bien Soderbergh dans "Sexe, mensonges et vidéo". C'était autrefois, avant qu'il sacrifie au box-office.
Lu dans Nice-Matin que Gilles Jacob avait déploré l'absence de Nicolas Sarkozy au Festival en ces termes "nous, les saltimbanques..." Y'a quand même des expressions qui tuent...!
Je propose donc une collecte de pièces roses en faveur de Gilles Jacob- le saltimbanque, comme ça il pourra s'acheter un pack de bières et un jambon-beurre, ça le changera du champagne-caviar. Et puis ça lui donnera une idée de ce que vivent les cinéphiles de base qui ne peuvent plus être accrédités depuis qu'il a "professionnalisé" le Festival en les reléguant hors de Cannes.
Autrement, ce fut un Festival assez sombre, avec beaucoup de sujets graves. Au point que "Smiley face" vu hier m'a paru incongru au milieu du reste. C'est un genre de Bridget Jones californienne camée aux gâteaux à la marijuana, sans Hugh Grant, hélas!
J'ai aussi vu avant-hier deux pièces délirantes à la Semaine de la critique, une histoire de lapins tueurs, et un film japonais avec une actrice tueuse, une cadette qui en fait des mangas gore (excellents), le demi-frère qui a juré fidélité à la tueuse tout en épousant une neu-neu qu'il castagne... Le titre est impossible à retenir! L'actrice principale est venue lookée japonaise, elle était splendide.
L'équipe du film japonais déjanté à la Semaine de la critique
Demain, palmarès de la Quinzaine, et projection des films primés. Et depuis trois jours, canicule. La mer est chaude. En mai... Zarbi!
Ecrit par Zerbinette le 24/05/2007 - 21h06 - Catégorie : Principal
Vu aujourd'hui à la Quinzaine un documentaire de Sandrine Bonnaire, intitulé "Elle s'appelle Sabine".
Sabine est la soeur cadette de Sandrine, et, depuis sa naissance, elle est "différente". Difficile à scolariser, mais tellement douée et créative. Et jolie, enjouée, vivante. Puis, une cassure dans sa vie, et c'est l'hôpital psychiatrique. Autisme. Avec tendresse et pudeur, sa grande soeur raconte et se pose des questions, nous pose des questions. Sur la façon dont nous prenons en charge les personnes différentes, quelle vie nous leur proposons, et quel avenir. Et en filigrane: comment les traitements proposés à ce jour dans notre pays peuvent-ils à ce point modifier une personne?
La salle du Palais Croisette était pleine, même la presse avait fait la queue pour entrer à la projection. Après, la même foule se rua à la conférence de presse, mais les places étaient bien plus rares. J'eus la chance de pouvoir entrer. Autant il y a des films où il faut pincer les spectateurs pour qu'ils s'expriment, autant celui-ci suscita force questions, commentaires et témoignages dans l'assistance. Sandrine Bonnaire répondit aux uns et aux autres avec ce sourire lumineux qu'on lui connait. Chacun la félicita d'avoir eu le courage de tourner ce documentaire, et de l'avoir si bien fait. Souhaitons qu'il connaisse une large diffusion. Comme France 3 fait partie de la production, on peut espérer que le plus grand nombre aura l'opportunité de le voir prochainement à la télévision. Merci, Sandrine et Sabine!
Sandrine Bonnaire à la conférence de presse de son documentaire "Elle s'appelle Sabine"
Ecrit par Zerbinette le 23/05/2007 - 17h44 - Catégorie : Principal
Vu hier, à la Quinzaine des réalisateurs (toujours rien de la rédac d'Allociné pour les sélections officielles..), deux films, dont un bon, un très bon même.
Commençons par l'autre...
Un opus de Serge Bozon sur la guerre de 14, fort immodestement intitulé "La France", on ignore pourquoi, mais après l'avoir vu, on aimerait autant être représentés par autre chose que ce machin (on ne peut pas utiliser le nom "Tour Eiffel" sans autorisation, se peut-il qu'on ait le droit de donner le nom d'un pays à un film sans le consentement de ses habitants?)
Il s'agit donc, non pas d'une évocation héroïque ou épique, mais d'une comédie musicale tendance gay misogyne qui ne se l'avoue pas, au milieu d'un escadron de déserteurs. Pascal Greggory est le lieutenant (on n'y croit pas une seconde) tout mou des poilus (dont la prose sonne très contemporaine), et Sylvie Testud (qu'allait-elle faire dans cette galère?) est déguisée en adolescent pour se mêler à la mâle troupe. C'est elle/lui le fil conducteur du film, recherchant son mari disparu.
Tout sonne faux, et on s'ennuie ferme, mais en plus, ça chante. Faux aussi. Des spectateurs se mettent à glapir dans la salle dès qu'une guitare apparait... Des cavaliers allemands chevauchent sur l'écran, brandissant des lances... (comme des soldats romains, si, si, probable que l'auteur n'a jamais vu une baïonnette) L'abominable scie cacophonique qui revient souhaite "que la Pologne envahisse la France"... Les mêmes spectateurs mécontents sifflent à la fin du film. J'en ferais bien autant, mais je ne sais pas siffler!
Le film suivant est radicalement différent, et c'est une première mondiale: il est tourné d'un bloc, sans montage. Vous avez bien lu, il s'agit d'un plan-séquence de 90 minutes. Très impressionnant.
"PVC-1", c'est son titre, parce qu'il s'agit d'un sombre histoire de plastic. Des malfrats colombiens ont enserré le cou d'une pauvre femme dans une machine infernale, qui menace de sauter à tout moment, il s'agit d'une course contre la montre. Le réalisateur court après les acteurs dans la jungle colombienne, avec sa steadycam.
Dans la conférence de presse qui suit le film, à la Malmaison, sur le boulevard de la Croisette, Spiros Stathoulopoulos explique que c'est un film sur l'urgence du temps qui passe, d'où le plan unique. Il a fait quatre prises, quatre fois le film entier, donc, avant d'avoir la prise conservée au final. Et donc quatre jours de tournage. Mais beaucoup de préparation auparavant avec les acteurs (de théâtre pour être sûr qu'ils tiendraient leur jeu d'une traite), et avec sa caméra (pour ne pas être pris de crampes après dix minutes!) Il s'agit d'une vraie performance, le réalisateur est tout jeune, et j'espère que le film sera diffusé en France (il sera visible au Forum des Images avec toute la sélection de la Quinzaine à partir de la semaine prochaine, j'invite tous les esprits curieux et épris de forme cinématographique à aller le voir). En plus, c'est un très bon film!
Spiros Stathoulopoulos à la conférence de presse de son film, PVC-1
Ecrit par Zerbinette le 22/05/2007 - 18h52 - Catégorie : Principal
Vu hier à la Quinzaine des Réalisateurs (oui, je suis cantonnée à la Quinzaine parce que la rédac d'Allociné ne m'a pas répondu quand je lui ai rappelé qu'elle avait écrit qu'elle essayerait de trouver des invitations pour les participants au concours de blogs...), vu hier à la Quinzaine, donc, deux films (après je suis rentrée chez moi parce que je n'avais plus rien à manger, il fallait faire les courses de toute urgence!)
Le deuxième film était un objet érotique en diable, mais ça tombait bien, pour ceux qui avaient vu le précédent... ça lavait un peu la tête après le premier.
Le premier film me rappela une chanson bien connue des Martin Circus: "Je m'éclate au Sénégal... avec une copine de cheval". Sauf que c'était pas au Sénégal mais dans l'état de Washington que ça se passait, et qu'on n'était pas dans la métaphore.
Très belles images, histoire bien glauque, toute dans la suggestion. Un genre de docu recomposé, à partir d'une histoire vraie, avec de vrais-faux témoignages. La tension montait dans la salle, des gens sortaient (je ne comprends pas les gens qui sortent alors que le résumé du film est explicite... ils s'attendent à quoi?) A un moment, il y a eu une évocation complètement incongrue, et nous avons tous éclaté de rire (ça libérait la tension!) Il n'y a eu qu'une projection, et personne n'a osé applaudir à la fin (pourtant c'était super bien fait, cinématographiquement parlant).
N'emmenez pas vos enfants voir ce film, même s'il s'appelle "Zoo"... Pour les adultes, ne sortez pas avant l'arrivée du petit cheval, c'est là qu'on rigole. O tempora, o mores...
Ecrit par Zerbinette le 19/05/2007 - 20h48 - Catégorie : Principal
Chers lecteurs de ce blog, recevez mes sentiments ensoleillés de Cannes, où je muse depuis hier.
Comme je n'ai pas pensé à changer le navigateur de mon i-book (mal compatible avec le blog d'Allociné), et que je suis présentement sur modem, je vais avoir un peu de mal à vous mettre des photos, d'autant que j'ai oublié le câble ad hoc à la maison... Mais un cybercafé cannois a proposé son aide, je vais peut-être y arriver tout de même... suspense!
Hier après-midi, j'ai vu "La question humaine" de Nicolas Klotz à la Quinzaine des réalisateurs, avec Mathieu Amalric, Michael Lonsdale, Jean-Pierre Kalfon, Lou Castel, et beaucoup d'autres acteurs très intéressants. Coup de chance: l'équipe du film était là, une équipe élargie de 20 à 30 personnes, tous sont montés sur scène, c'était très sympa. J'aime beaucoup quand l'équipe du film vient présenter celui-ci au grand complet, c'est très gratifiant pour le spectateur cinéphile. Une relation d'estime et de respect mutuel s'établit à cette occasion. En plus du plaisir de voir en chair et en os des personnes dont on ne connait habituellement que le nom ou le visage, évidemment.
Le film est long (2h 20) et lent. Beaucoup de visages en gros plans, de beaux visages, où l'on sent que le réalisateur cherche à percer l'essence de l'être par delà la physionomie. Cette lenteur, cette volonté de fouiller les personnages, d'exploiter extensivement les situations, m'ont évoqué Jean Eustache et Philippe Garrel.
Une grosse société industrielle qui cherche à faire des battants de ses cadres à coup de séminaires, un psychologue d'entreprise expert dans le dégraissage (d'entreprise), deux dirigeants qui s'envoient des coups bas... situation banale. Sauf que le passé refait surface progressivement, insidieusement, par morceaux.
"Stücke". Morceaux.
Ce sera le leitmotiv final d'un Mathieu Amalric étonnant, très applaudi (standing ovation, mais oui!) pour le générique, spots braqués sur les acteurs. Toute l'équipe avec lui, naturellement. C'était mérité.
Mathieu, tous mes voeux t'accompagnent pour "Le scaphandre et le papillon", dans trois jours...
Standing ovation pour l'équipe de "La question humaine" à la Quinzaine des réalisateurs
Mes expériences drôlatiques, émouvantes, enthousiasmantes, de cinéphile obstinée au Festival International du Film de Cannes, par le petit bout de la lorgnette... zzzerbinette@free.fr